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dimanche 25 février 2007

Jean Jaurés, le vrai, dans le texte...


« Il n’y a de classe dirigeante que courageuse. A toute époque, les classes dirigeantes se sont constituées par le courage, par l’acceptation consciente du risque. Dirige celui qui risque ce que les dirigés ne veulent pas risquer. Est respecté celui qui, volontairement, accomplit pour les autres les actes difficiles ou dangereux. Est un chef celui qui procure aux autres la sécurité, en prenant sur soi les dangers.

Le courage, pour l’entrepreneur, c’est l’esprit de l’entreprise et le refus de recourir à l’Etat ; pour le technicien, c’est le refus de transiger sur la qualité ; pour le directeur du personnel ou le directeur d’usine, c’est la défense de la maison, c’est dans la maison, la défense de l’autorité et, avec elle, celle de la discipline et de l’ordre.

Dans la moyenne industrie, il y a beaucoup de patrons qui sont à eux mêmes, au moins dans une large mesure, leur caissier, leur comptable, leur dessinateur, leur contremaître ; et ils ont avec la fatigue du corps, le souci de l’esprit que les ouvriers n’ont que par intervalles. Ils vivent dans un monde de lutte où la solidarité est inconnue. Jusqu’ici, dans aucun pays, les patrons n’ont pu se concerter pour se mettre à l’abri, au moins dans une large mesure, contre les faillites qui peuvent détruire en un jour la fortune et le crédit d’un industriel.

Entre tous les producteurs, c’est la lutte sans merci ; pour se disputer la clientèle, ils abaissent jusqu’à la dernière limite, dans les années de crise, le prix de vente des marchandises, ils descendent même au dessous des prix de revient. Ils sont obligés d’accepter des délais de paiement qui sont pour leurs acheteurs une marge ouverte à la faillite et, s’il survient le moindre revers, le banquier aux aguets veut être payé dans les vingt-quatre heures.

Lorsque les ouvriers accusent les patrons d’être des jouisseurs qui veulent gagner beaucoup d’argent pour s’amuser, ils ne comprennent pas bien l’âme patronale. Sans doute, il y a des patrons qui s’amusent, mais ce qu’ils veulent avant tout, quand ils sont vraiment des patrons, c’est gagner la bataille. Il y en a beaucoup qui, en grossissant leur fortune, ne se donnent pas une jouissance de plus ; en tout cas, ce n’est point surtout à cela qu’ils songent. Ils sont heureux, quand ils font un bel inventaire, de se dire que leur peine ardente n’est pas perdue, qu’il y a un résultat positif, palpable, que de tous les hasards il est sorti quelque chose et que leur puissance d’action est accrue.

Non, en vérité, le patronat, tel que la société actuelle le fait, n’est pas une condition enviable. Et ce n’est pas avec les sentiments de colère et de convoitise que les hommes devraient se regarder les uns les autres, mais avec une sorte de pitié réciproque qui serait peut être le prélude de la justice ! »

Jean JAURÈS - 28 mai 1890 - La Dépêche de Toulouse

jurisprudence...

“Attendu que la poule est un animal anodin et stupide, au point que nul n’est encore parvenu à le dresser, pas même un cirque chinois; que son voisinage comporte beaucoup de silence, quelques tendres gloussements et des caquètements qui vont du joyeux (ponte d’un œuf) au serein (dégustation d’un ver de terre) en passant par l’affolé (vue d’un renard); que ce paisible voisinage n’a jamais incommodé que ceux qui, pour d’autres motifs, nourrissent du courroux à l’égard des propriétaires de ces gallinacés; que la cour ne jugera pas que le bateau importune le marin, la farine le boulanger, le violon le chef d’orchestre, et la poule un habitant du lieu-dit La Rochette, village de Salledes (402 âmes) dans le département du Puy-de-Dôme.

Par ces motifs: statuant publiquement et contradictoirement, infirme le jugement, déboute le sieur Rougier de son action et le condamne aux dépens…”.

(Cour d’appel de Riom, 1ère chambre civile, 7 septembre 1995. )


source et autres documents à
http://prdchroniques.blog.lemonde.fr/

et sur Pascale Robert-Diard: http://prdchroniques.blog.lemonde.fr/a-propos/

mardi 6 février 2007

Soyez le juge des comparutions immédiates


EXERCICE
SPECIAL ELEVES AVOCATS, CANDIDATS À L'ENM, ET ETUDIANTS EN DROIT

allez sur

http://maitre.eolas.free.fr/journal/index.php?2007/02/06/529-soyez-le-juge-des-comparutions-immediates

puis sur

http://maitre.eolas.free.fr/journal/index.php?2007/02/09/535-soyez-le-juge-des-comparutions-immediates-le-delibere

vous ne le regretterez pas !


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Mes étudiants connaissent mon intérêt, jamais déçu, pour

ce blog, d'un confrère parisien aussi talentueux que pédagogue

http://maitre.eolas.free.fr/

et celui de Philippe BILGER (Avocat Général près la cour d'appel de Paris)...

http://www.philippebilger.com/blog/justice/index.html


à ceux qui les méconnaissent encore: j'en conseille -une fois de plus- la consultation régulière


dimanche 21 janvier 2007

Instruction aux jurés des Cours d'Assises


La loi ne demande pas compte aux juges des moyens par lesquels ils se sont convaincus, elle ne leur prescrit pas de règles desquelles ils doivent faire particulièrement dépendre la plénitude et la suffisance d'une preuve ; elle leur prescrit de s'interroger eux-mêmes dans le silence et le recueillement et de chercher, dans la sincérité de leur conscience, quelle impression ont faite, sur leur raison, les preuves rapportées contre l'accusé, et les moyens de sa défense. La loi ne leur fait que cette seule question, qui renferme toute la mesure de leurs devoirs : "Avez-vous une intime conviction ?"

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A propos des assises

Lecteurs étudiants, ou futurs confrères, lisez, et relisez, les 3 excellents billets qu’a consacré à ce sujet EOLAS, “Petit vademecum à l'usage des jurés d'assises” ... Ce sont de petits chefs d’oeuvre et vous y apprendrez plus que dans la plupart des manuels !

http://maitre.eolas.free.fr/journal/index.php?2007/01/15

http://maitre.eolas.free.fr/journal/index.php?2007/01/16

http://maitre.eolas.free.fr/journal/index.php?2007/01/19/517-petit-vademecum-a-l-usage-des-jures-d-assises-3

outre:
http://maitre.eolas.free.fr/journal/index.php?2007/01/31/524-la-recusation-des-jures

http://maitre.eolas.free.fr/journal/tb.php?id=550&chk=jd3nsq

samedi 13 janvier 2007

à mes étudiants, et à ceux de l’EDAGO (C.R.F.P.A. de Rennes)


Liens utiles à connaitre pour se familiariser avec les univers "magistrat" et "avocat"



1) Absolument incontournable pour quiconque songe à la magistrature:

le site de l'ENM

http://www.enm.justice.fr/

+ ceux des 2 principaux syndicats de magistrats
à gauche
http://www.syndicat-magistrature.org/

plus conservateur
http://usm2000.free.fr/presentation.php3


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2) pour le barreau...

liens vers des sites que je suggère là aussi de visiter , au moins pour en connaître l'existence:


• celui du SAF (syndicat des avocats de france), syndicat marqué à gauche
http://www.lesaf.org/


• la CNA (confédération nationale des avocats) théoriquement apolitique mais en fait assez marqué à droite...
http://www.cna-avocats.com/


• en général, tout jeune avocat normalement constitué fait un tour à la FNUJA
http://www.fnuja.com/



• ne surtout pas confondre le CNB (conseil national des barreaux) qui
constitue la représentation nationale

http://www.cnb.avocat.fr/


• avec la CNBF (caisse nationale des barreaux français) qui gère les
retraites des avocats... et les cotisations durant la vie
professionnelle

http://www.cnbf.fr/

samedi 6 janvier 2007

du mépris de nos "élites"


Une étudiante me remercie, très gentiment, de l'avoir reçue et écoutée... Ceci me touche, mais aussi me navre, puisqu'elle m'a appris, lors de notre entretien, qu'après avoir contacté certains de mes collègues, elle n'avait même pas eu la courtoisie d'une réponse.

Il ne se passe pas une semaine sans que me reviennent aux oreilles des témoignages de ce genre !

Savoir que des étudiant(e)s redoutent de confier leurs soucis aux enseignants - ou sont éconduit s'ils le font - me semble révélateur du niveau de prétention où sont arrivés nombre d' universitaires !

Quel gâchis! ...hélas à l'image de la société française...

J'emprunte ce qui suit à un "gauchiste repenti" qui l'exprime mieux que je ne puis le faire:

"Il suffit de comparer les rapports sociaux dans notre pays à ceux qui existent aux Etats-Unis pour comprendre à quel point notre société est hiérarchisée, figée, sclérosée. Le moindre cadre, universitaire ou animateur télé chez nous écrase de son mépris le commun des mortels tel un petit marquis du XVIIIème, alors qu’un milliardaire américain considérera celui qui est moins riche que lui comme un égal qui n’a simplement pas aussi bien réussi que lui.

On ne cesse de dire en France que la société américaine est inégalitaire, mais la notre est bien pire puisqu’elle est totalement bloquée, l’ascenseur social ne fonctionnant plus depuis belle lurette. Qu’importe qu’il y ait des riches et des pauvres, tant qu’un individu né pauvre n’est pas destiné à le rester ! Peu me chaut qu’il y ait des inégalités entre riches et pauvres, si ces derniers, à force de travail, peuvent devenir riches. Ce qui est presque impossible en France. Et même si c’était le cas, ils resteraient toujours, pour les « vraies » élites, des parvenus. Il faut avoir subi le mépris d’un bourgeois humaniste de gauche pour comprendre que l’égalité chez nous est un simple mythe, qui n’a d’autre fonction que de donner bonne conscience aux privilégiés de naissance. "

http://legauchisterepenti.oldiblog.com/?page=lastarticle&id=1089524

vendredi 5 janvier 2007

" Qui peut juger sans frémir sur terre ? " Verlaine

Certains s'offusquant de la critique des Magistrats, et d'une éventuelle "responsabilité" de ceux-ci, présentent l'idée comme contemporaine et susceptible de saper les bases de l'ordre établi... Du calme ! L'idée n'est pas nouvelle:

“A Sa Majesté appartient de savoir comme sa justice est administrée, et si ses juges font leur devoir : c'est trop grande arrogance quand les juges maintiennent qu'ils ne peuvent errer ou faillir, ce qui est commun à tous les hommes”

Michel de L'Hospital chancelier de France
(harangue au Parlement de Rouen, le 17 août 1563, à l'occasion de la majorité de Charles IX)

à qui la faute ?



A qui la faute ?


Tu viens d'incendier la Bibliothèque ?

- Oui.
J'ai mis le feu là.

- Mais c'est un crime inouï !
Crime commis par toi contre toi-même, infâme !
Mais tu viens de tuer le rayon de ton âme !
C'est ton propre flambeau que tu viens de souffler !
Ce que ta rage impie et folle ose brûler,
C'est ton bien, ton trésor, ta dot, ton héritage
Le livre, hostile au maître, est à ton avantage.
Le livre a toujours pris fait et cause pour toi.
Une bibliothèque est un acte de foi
Des générations ténébreuses encore
Qui rendent dans la nuit témoignage à l'aurore.
Quoi! dans ce vénérable amas des vérités,
Dans ces chefs-d'oeuvre pleins de foudre et de
clartés,
Dans ce tombeau des temps devenu répertoire,
Dans les siècles, dans l'homme antique, dans
l'histoire,
Dans le passé, leçon qu'épelle l'avenir,
Dans ce qui commença pour ne jamais finir,
Dans les poètes! quoi, dans ce gouffre des bibles,
Dans le divin monceau des Eschyles terribles,
Des Homères, des jobs, debout sur l'horizon,
Dans Molière, Voltaire et Kant, dans la raison,
Tu jettes, misérable, une torche enflammée !
De tout l'esprit humain tu fais de la fumée !
As-tu donc oublié que ton libérateur,
C'est le livre ? Le livre est là sur la hauteur;
Il luit; parce qu'il brille et qu'il les illumine,
Il détruit l'échafaud, la guerre, la famine
Il parle, plus d'esclave et plus de paria.
Ouvre un livre. Platon, Milton, Beccaria.
Lis ces prophètes, Dante, ou Shakespeare, ou Corneille
L'âme immense qu'ils ont en eux, en toi s'éveille ;
Ébloui, tu te sens le même homme qu'eux tous ;
Tu deviens en lisant grave, pensif et doux ;
Tu sens dans ton esprit tous ces grands hommes
croître,
Ils t'enseignent ainsi que l'aube éclaire un cloître
À mesure qu'il plonge en ton coeur plus avant,
Leur chaud rayon t'apaise et te fait plus vivant ;
Ton âme interrogée est prête à leur répondre ;
Tu te reconnais bon, puis meilleur; tu sens fondre,
Comme la neige au feu, ton orgueil, tes fureurs,
Le mal, les préjugés, les rois, les empereurs !
Car la science en l'homme arrive la première.
Puis vient la liberté. Toute cette lumière,
C'est à toi comprends donc, et c'est toi qui l'éteins!

Les buts rêvés par toi sont par le livre atteints.
Le livre en ta pensée entre, il défait en elle
Les liens que l'erreur à la vérité mêle,
Car toute conscience est un noeud gordien.
Il est ton médecin, ton guide, ton gardien.
Ta haine, il la guérit ; ta démence, il te l'ôte.
Voilà ce que tu perds, hélas, et par ta faute !
Le livre est ta richesse à toi ! c'est le savoir,
Le droit, la vérité, la vertu, le devoir,
Le progrès, la raison dissipant tout délire.
Et tu détruis cela, toi !

- Je ne sais pas lire.


Victor Hugo, le 25 juin 1871


« L'Année terrible » Hugo « A qui la faute ? »