samedi 20 janvier 2007

Une fatwa au pays de Voltaire, par Dominique Dhombres

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Robert Redeker est ce professeur de philosophie qui a publié, le 19 septembre 2006 dans Le Figaro, une tribune dans laquelle il qualifie Mahomet de "chef de guerre impitoyable, pillard, massacreur de juifs et polygame".

Du jour au lendemain, sa vie bascule. Il reçoit des menaces de mort et fait l'objet, sur un site islamiste crypté surveillé par la DST, d'une fatwa appelant à l'assassiner. Ce ne sont pas des propos en l'air : sa photo, son numéro de téléphone, son adresse personnelle et celle du lycée où il enseigne, près de Toulouse, accompagnent cette condamnation à mort.

Dès lors, comme jadis Salman Rushdie, Robert Redeker vit sous constante protection policière. Il doit sans cesse changer d'appartement, à ses propres frais. Des gendarmes veillent en permanence à sa sécurité. Quand il conduit sa voiture ou marche dans la rue, des inspecteurs des renseignements généraux l'accompagnent. Plus question, bien sûr, d'enseigner la philosophie.

"J'ai commencé une vie d'errance, une vie de SDF, de domicile en domicile, une vie cachée. Ce sont des choses difficiles à imaginer avant d'entrer dans ce tourbillon, explique-t-il..../...

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"Je suis, sans condition, solidaire de Robert Redeker, mais je suis en total désaccord avec le contenu de son article", disait Henri Pena-Ruiz. "Vous faites une lecture sélective des textes fondateurs du judaïsme, du christianisme et de l'islam. Vous ne citez du Coran, par exemple, que les textes qui vont dans le sens de la violence. Vous auriez pu tout aussi bien citer des textes de l'Ancien Testament qui vont dans le même sens", ajoutait ce philosophe, ardent défenseur de la laïcité.

Un vrai débat pouvait alors s'engager. Robert Redeker maintenait l'affirmation centrale contenue dans son article : le Coran est un livre d'une violence inouïe. Il croit également toujours que "Jésus est un maître d'amour, Mahomet un maître de haine". Ce dernier propos ne pouvait être accepté par l'écrivain Abdelwahab Meddeb. Ce dernier affirmait, lui aussi, sa solidarité avec Robert Redeker, tout en rappelant un autre visage, plus doux, du Prophète.

Les uns et les autres tombaient au moins d'accord sur une formule célèbre : "Je hais vos idées, mais je me ferais tuer pour que vous ayez le droit de les exprimer !" Ainsi parlait Voltaire.

3 commentaires:

Anonyme a dit…

Redeker, les caricatures de mahomet, les propos du pape , le journaliste turc abattu(dont on parle peu ) , ont embrasé le monde arabo-musulman. répliques : caricaturistes menacés de mort, boycott de produits marchands, églises bombardées en cisjordanie...serait-il devenu impossible de critiquer l'islam ? si "pour les musulmans le sacré est intouchable" selon le philosophe Bidar, pour l'occident la liberté d'expression est un absolu - qui doit respecter la tolérance. théoriquement, cette liberté a deux limites : celle imposée par la loi et celle imposée par la responsabilité individuelle. utopiquement, je crois que l'on doit pouvoir s' exprimer en totale liberté, mais réalistement je pense que la liberté d'expression a pour seule limite celle imposée par les autres, ces autres qui n'acceptent pas le débat pacifiste. et là ça fait peur !

DS a dit…

A titre personnel je n’adhére pas aux propos de REDEKER, que j’estime, au moins,excessifs et maladroits; reste que mon côté Voltairien prime et que la liberté d'expression ne souffre pas de limite à mon sens.

Denis JEAMBAR écrivait il y a environ un an: Faut-il rappeler que, depuis le siècle des Lumières, cette liberté (d’expression) inclut même le droit au blasphème? «Le blasphème des grands esprits, disait Renan, est plus agréable à Dieu que la prière intéressée de l'homme vulgaire.» .../... Le combat ainsi engagé n'a d'autre but que la déstabilisation de l'Europe, considérée comme le ventre mou de la résistance à l'islamisation. Ces troubles et ces tensions ont pour objectif d'y déclencher une forme d' «intifada» et de tester la capacité de résistance de nos pays, la force de nos convictions, la détermination de nos dirigeants. Il faut saluer la réponse intransigeante du chef du gouvernement danois, qui a refusé de troquer la liberté d'expression contre des exigences religieuses. Il ne s'agit pas, évidemment, de défendre des actes de provocation ni de blesser pour blesser, car toute conviction religieuse est respectable.

Mais pourquoi faudrait-il tourner le dos à l'histoire de l'Europe, céder aux prétentions de l'islam radical et lui accorder des privilèges qui sont refusés à toutes les autres confessions? L'islam peut offrir un tout autre visage, mais il n'évoluera jamais vers la modernité s'il n'accepte pas la pluralité et la liberté qui fondent les vraies démocraties. Il est temps de déjouer le piège tendu: aussi impertinente soit-elle, la critique d'une religion n'a rien à voir avec un acte de racisme. Il revient aux musulmans intégristes de se plier aux principes universels, comme le font les croyants de toutes les autres religions et nombre de leurs coreligionnaires. Et parmi ces principes figure la liberté d'expression, première de toutes les libertés et produit extraordinaire de notre passé. Ce n'est pas l'islam qui est agressé. C'est nous, quand il refuse ce qui fait notre identité et notre dignité.

Anonyme a dit…

un lien intéressant et toujours aussi instructif sur la liberté d'expression non au regard de la religion, mais en général :

http://www.philippebilger.com/blog/2007/01/le_bon_grain_et.html